mercredi 9 mars 2011

Le chemin vers ma paix intérieure

Je ne sais pas si vous le savez tous, mais petit pirate est né à la maison. Voici un petit texte "en vrac" sur le chemin qui m'a conduit vers cette naissance peu conventionnelle.

Comme introduction à cet article, je vous renvoie sur la page des déchainées sur l'accouchement. Je vous copie ici une partie du texte pour ceux qui ont la flemme.

" Le sujet de l'accouchement n'est pas vraiment prisé par les mouvements féministes. Il semblerait qu'il n'y ait rien à revendiquer pour les occidentales que nous sommes : nous sommes libérées des douleurs de l'enfantement grâce à la péridurale et nous ne craignons plus de rencontrer la mort qui terrassait fréquemment les femmes des siècles passés ou qui s'abat encore aujourd'hui sur nos sœurs qui vivent dans des pays pauvres. Et pourtant...

L'accouchement est un événement s'inscrivant dans la vie sexuelle d'une femme. Son lien avec la sexualité (au sens large) s'établit physiquement (c'est par notre sexe que sort le bébé) mais aussi psychiquement. C'est particulièrement manifeste pour les femmes qui ont subi des traumatismes tels un viol, un inceste, une interruption médicale de grossesse, etc. Pour elles, les sensations de la naissance font souvent ressurgir les épisodes douloureux de leur vie affective et sexuelle.

C'est sur ce point qu'on nous a bien eues : on a totalement gommé la dimension sexuelle de l'accouchement. Du coup, on se permet tout : lumière crue sur notre corps immobilisé sur le dos, cuisses écartées, touchers vaginaux répétés sans qu'on nous demande notre avis, parfois sans aucune délicatesse, épisiotomies pratiquées en routine (en France, presque 70% des femmes qui ont leur premier enfant ont leur sexe découpé par un gynécologue ou une sage-femme), forceps ou spatules en cas d'indocilité ou de non coopération maternelle...

Le quotidien d'une maternité lambda, c'est la négation de notre savoir faire, de notre pouvoir, de nos désirs. Vous êtes une patiente qui, si elle veut bien vivre les choses, doit se taire et se plier aux exigences du personnel médical (ou alors demander très gentillement et ne pas se formaliser si on ne lui répond pas favorablement). C'est aussi l'application aveugle de protocoles qui sont souvent en contradiction avec les publications scientifiques (voir base de données de l'Alliance Francophone pour l'Accouchement Respecté - AFAR), comme avec les recommandations de l'OMS. "

J'ai toujours eu de mauvaises expériences avec les gynécologues. Entre ma première qui, lorsque je lui ai confié avoir été violée par mon petit ami à l'âge de 14 ans, m'a répondu que ce n'étais pas possible puisque c'était mon petit ami (bah oui, si c'est pas dans un parking par un mec armé ça compte pas même si dans 90% des cas c'est un proche ... dommage pour les victimes). Le second à refusé de me poser un DIU parce que je n'avais jamais été enceinte et m'a laissée repartir avec une ordonnance pour l'anneau dont je ne voulais pas et que je n'ai pas utilisé d'ailleurs. La troisième à aussi refusé de me poser un DIU et en prime m'a volontairement fait mal à m'en faire pleurer lors de l'examen parce qu'elle était contrariée que je ne sois pas d'accord avec elle, et m'a aussi laissée repartir sans contraception. Donc vous l'aurez compris moi et les gynécos c'est pas une grande histoire d'amour et apparemment je ne suis pas la seule à avoir eu des soucis.

Lorsque le petit bâtonnet à indiqué un +, l'idée d'aller voir un gynéco obstétricien étais juste in-envisageable. J'avais besoin de douceur et surtout de respect. J'ai donc téléphoné à un duo de sages femmes pratiquant l'AAD dans ma région,  très vite, je voulais VRAIMENT avoir une place dans le planning. C'était vital.
Mon compagnon était un peu stressé par l'idée, mais le feeling été bon et comme il me l'a dit "c'est ton corps, c'est toi qui accouche, c'est toi qui décide" il est bien mon compagnon, je l'aime. En plus il étais vraiment essentiel pour moi qu'on laisse mon bébé tranquille à sa naissance, que je puisse le prendre contre ma peau dans la pénombre et le silence. Je trouve les protocoles hospitaliers vraiment violents, l'aspiration, la lumière, les gouttes dans la yeux, la prise de température rectale ... : bonjour l'accueil !

Mmmmh ... Que c'est chaleureux ici !

Bref, les mois se sont écoulés. Mon fœtus prenait du poil de la bête, mes sages femmes ont été empathiques, extrêmement sérieuses et prudentes, mon corps et mes sensibilités respectés.

En parallèle j'ai fait mon inscription en maternité en cas de transfert, mise à part la gyné qui était plutôt ouverte, j'ai "omis" de signaler quel étais mon projet de naissance. J'avais eu des réactions très négatives de certaines personnes du corps médical, je me préservais tout en croisant les doigts très fort pour ne pas connaitre de transfert lors de la naissance.



Puis mon bébé est né. La rencontre sublime. Ça été une expérience très forte, absolument bouleversante. Et résolument féministe aussi.




Je n'ai pas eu besoin qu'on m'accouche, qu'on me prenne en charge. Je ne suis pas une petite chose fragile et impuissante.
J'ai été assez puissante et forte pour mettre mon enfant au monde, je ne me suis jamais sentie aussi vivante et victorieuse. Mon compagnon a été véritable acteur de cette naissance et non relégué au rôle de spectateur impuissant et gênant pour le personnel médial. Notre enfant à été accueilli sereinement, chez lui, son corps aussi à été respecté.
Deux jours plus tard de notre lit, je regardais les flocons de neige qui tombaient dehors tout en donnant le sein à mon fils, la sage femme qui passe, s'assoie au bord du lit pour prendre des nouvelles (elle viendra tous les jours pendant plusieurs semaines) sans se douter du cadeau qu'elle m'a fait (qu'elle nous à fait même) en permettant cette naissance là par sa présence.


Je ne dis pas que l'AAD convient à toutes les femmes et que c'est une promenade de santé, ça fait très mal oui, pour moi ça été long et impressionnant aussi.  Mais ça à changé à tout jamais ma façon de voir mon corps, et de me voir tout court. J'ai été rendue à moi même. Apaisée, enfin.

4 commentaires:

Virginie.DR a dit…

Comme je t'envie tu le sais. Si j'avais pu j'aurai fait de même, malheureusement classé grossesse à risque je n'ai pas pu avoir cette liberté.
Sois fière de toi ma belle, et merci de ce partage et de ces jolis mots

lilou a dit…

Tes trois dernières phrases pourraient être miennes :)
bises :)

Aboz a dit…

<3<3<3

Terf a dit…

C'est vrai, il faut le rappeler: ce n'est pas du "courage" dont les femmes qui accouchent chez elles ont, c'est de l'envie de vivre.
Et oui, certaines pensent que nous sommes "plus résistantes" a la douleur: que nenni, j'ai litteralement hurlé à en déchirer les tympans a la période (mochement appelée) "d'expulsion".
Mais la vache: qu'est ce que c'est bon d'être chez soi, qu'est ce que c'est bon de dormir tous ensemble après la tempête, qu'est ce que c'est bon de se réveiller le matin (pour mon cas) ,de prendre sa douche , de déjeuner chez soi. D'appeler ses proches en murmurant parce que le reste dela maison dort. Qu'est ce que c'est bon aussi d'être affalée sur son canapé avec son nouveau né dans les bras....
Que c'est bon de se dire que personne n'est venu nous emmerder et que personne ne viendra nous emmerder!